En Israël, le régime fiscal des biens immobiliers repose sur un principe fondamental : la notion d’unité familiale. Ce concept revêt une importance capitale pour les couples, notamment lorsque l’un d’entre eux possédait déjà un bien avant le mariage. Les différences de taxation entre une résidence unique et un bien supplémentaire peuvent représenter des économies substantielles, pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de shekels.
La Présomption d’Unité Familiale en Israel
Conformément à la Loi sur la taxation des biens immobiliers, l’article 9(c1a)(2)(b)(2) établit que les époux, ainsi que leurs enfants mineurs non mariés, sont traités comme une seule entité aux fins de l’imposition immobilière :
« Seront considérés comme un seul acquéreur : l’acquéreur et son conjoint, à l’exception d’un conjoint vivant de manière permanente séparée, ainsi que leurs enfants âgés de moins de 18 ans, à l’exception d’un enfant marié… »
Concrètement, si Dana a acquis un appartement avant son mariage et acquiert ensuite avec Yoav un nouveau bien après leur mariage, cette acquisition sera considérée comme un bien supplémentaire pour l’unité familiale. Yoav perd ainsi le statut de premier acquéreur, même s’il n’avait jamais possédé de bien auparavant. Cette présomption s’applique automatiquement et ne peut être écartée que dans des circonstances spécifiques, notamment avec un contrat de mariage approprié.
Conséquences Fiscales : Résidence Unique vs Bien Supplémentaire
Droits d’acquisition
Pour une résidence unique, aucune taxe n’est due jusqu’à certains seuils. Pour un bien supplémentaire, une taxe de 8 % du prix d’acquisition s’applique. Sur un bien valant 1 million de shekels, cela représente 80 000 shekels de frais supplémentaires.
Impôt sur la plus-value
La vente d’une résidence unique bénéficie d’une exonération complète de l’impôt sur la plus-value. La vente d’un bien supplémentaire n’ouvre droit à aucune exonération, ce qui peut représenter une imposition de plusieurs centaines de milliers de shekels sur les gains réalisés.
Évolution Jurisprudentielle : Arrêts Rosenbauim et Blank
Un tournant décisif s’est opéré en 2021 avec les arrêts Rosenbauim (CA 4298/18) et Blank (CA 1886/19). Ces décisions établissent que des époux liés par un contrat de mariage prévoyant une séparation des biens, et qui maintiennent effectivement cette séparation dans la pratique, peuvent être considérés comme des entités distinctes aux fins fiscaux.
Cette jurisprudence révolutionnaire permet potentiellement de renverser la présomption d’unité familiale et de réduire considérablement la charge fiscale, sous réserve que des conditions strictes soient remplies.
Conditions d’Application
Pour bénéficier de cette jurisprudence, plusieurs conditions doivent être cumulativement respectées : le contrat de mariage doit stipuler explicitement une séparation complète des biens ; la séparation doit être effectivement respectée dans la pratique quotidienne ; la documentation des transactions immobilières doit clairement identifier l’acquéreur de manière individuelle ; et une consultation avec un spécialiste en fiscalité immobilière est fortement recommandée.
Recommandations Pratiques
Pour les couples envisageant un mariage ou des acquisitions immobilières majeures, il est vivement recommandé d’examiner les avantages potentiels d’un contrat de mariage incluant une clause de séparation des biens. Cette étape doit être réalisée avant le mariage ou avant toute acquisition majeure. Chaque transaction doit être documentée méticuleusement, et une consultation avec un expert fiscaliste est essentielle pour optimiser la stratégie d’acquisition.
Bien que la présomption d’unité familiale demeure le principe général, il est désormais possible, sous certaines conditions, de renverser cette présomption grâce à un contrat de mariage adéquat. Cependant, cette question n’est pas entièrement figée et des différends avec l’administration fiscale peuvent survenir. Une planification fiscale minutieuse réalisée avec l’appui d’un spécialiste en droit de la famille demeure la meilleure assurance pour éviter une imposition indue et maximiser les avantages fiscaux légaux.
